Jean-Michel Bouat, élu de la majorité
En ce mercredi 30 mars nous avons rencontré Jean-Michel Bouat, adjoint au maire et délégué au développement durable, à l’agriculture urbaine et à l’alimentation sur la collectivité d’Albi. Le but de cette rencontre était bien évidemment de parler du Projet Alimentaire Territorial (PAT). Étant donné la position d’élu de Monsieur Bouat, nous attendions notamment des aspects plus techniques et des éclaircissements sur certaines zones d’ombres du PAT.

En commençant à le questionner nous avons compris que Jean-Michel Bouat, élu de centre-droite est un homme proche du monde agricole. Détenteur d’un BTS en Technique Agricole et Gestion Économique il nous a clairement exprimé sa volonté de relocalisation de l’alimentation au sein du territoire albigeois. De cette volonté, et d’une collaboration avec les Incroyables Comestibles est né en 2014, le PAT qui fait l’objet de notre voyage. C’est un projet complexe qui joue sur plusieurs tableaux. M. Bouat a mis en exergue sa composante ESS (Économie Sociale et Solidaire) ainsi que la préoccupation majeure que représente le bilan carbone du transport des denrées.
Peu après le lancement de cette initiative une déclaration de Jean-Michel Bouat dans le journal la Dépêche va faire changer de dimension le PAT. L’élu de la majorité déclare ainsi que la ville d’Albi tend vers « l’autosuffisance alimentaire ». Le mandat de M.Bouat se terminant en 2020 l’interprétation journalistique à fait le reste. Ainsi peu après on pouvait lire « Albi vise l’autosuffisance alimentaire d’ici à 2020. ».
L’adjoint avait pleinement conscience de l’engouement médiatique que ses mots allaient provoquer et en effet les réactions furent au rendez-vous. En premier lieu l’opposition locale évidemment pour qui la droite n’était « pas légitime » pour parler de ce genre de problématique.
Selon M. Bouat « la cause ça l’a servie », cette impulsion était pour lui nécessaire afin d’interloquer et de poser le sujet sur la table.
Tout a donc commencé par la création et le développement des jardins collectifs albigeois afin de permettre aux plus grands nombres de produire et consommer leurs propres légumes en collaboration avec l’association des Incroyables Comestibles.
Depuis cette première action du temps est passé, 8 ans après, Albi est, selon l’étude UTOPIA à moins de 2 % d’auto-suffisance. Ce constat en tête nous avons donc interrogé M. Bouat à propos des actions menées depuis 2014.
L’investissement le plus notable s’est matérialisé dans la cuisine centrale de la ville d’Albi. Grâce à ces 7 millions d’euros une « légumerie » (atelier de transformation de produits maraîchers) a été ajoutée à l’équipement municipale. C’est désormais 3 600 repas par jour qui sortent de la cuisine centrale. Ces repas sont confectionnés à base de légumes et fruits locaux (dont 20 %aujourd’hui sont situés à moins de 60kms) issus de plus d’une soixantaine de producteurs .
Il reconnaît cependant que la municipalité a péché sur l’installation d’exploitants maraîchers au niveau de la zone de Canavières. Selon lui le problème a résidé dans le « recrutement » de ces producteurs. La situation s’est arrangée quand la chambre d’agriculture du Tarn et le lycée agricole Fonlabour ont amené leur expertise.
Il a également évoqué le manque de soutien ou d’implication de la part de certains acteurs.
Pour terminer l’entretien nous lui avons demandé concrètement quels sont selon lui, les plus et les moins du PAT.
Selon l’élu, le PAT « met tout le monde autour de la table » et permet de faire prendre conscience de certaines problématiques. Il permet également de valoriser des initiatives et des actions positives.
Cependant M. Bouat identifie clairement certaines limites. La première et la plus prégnante selon lui est la marge de manœuvre limitée dont la mairie dispose. « On ne fait pas les lois » nous dit-il, et comme il aime à le dire « je suis leur chef et je dois les suivre ». Il démontre que pour qu’un PAT atteignent ces objectifs, il est nécessaire de faire société et de travailler avec les autres. Cependant le PAT reste cantonné à une échelle très locale. De plus, la mise en œuvre à plein potentiel de ce PAT ne pourra passer que par un changement d’habitudes des consommateurs.